And the winner is… Eric Schulz. Airbus vient de confirmer, le 28 novembre, avoir choisi l’actuel président Aéronautique civile de Rolls-Royce pour succéder au mythique John Leahy. Il est nommé vice-président exécutif, directeur Ventes, Marketing et Contrats de la branche Avions commerciaux et prendra ses fonctions fin janvier 2018. John Leahy – considéré comme le supervendeur d’Airbus – restera en poste « pendant quelques mois pour assurer la transition avec son successeur. » L’avionneur européen a donc rapidement confirmé la rumeur qui annonçait un recrutement externe, et qui faisait d’Eric Schulz le favori face à Christian Scherer, le président exécutif d’ATR (filiale à 50 % d’Airbus).
Une carrière riche d’expériences
Ce français de 54 ans – titulaire de deux masters en ingénierie, dont un spécialisé dans l’aéronautique obtenu l’École supérieure des techniques aérospatiales (ESTA) de Paris – présidait aux destinées des moteurs d’avions civils de Rolls-Royce depuis janvier 2016, après avoir occupé divers postes au sein du groupe britannique. Il a notamment était directeur de l’exploitation de cette même branche Aéronautique civile à partir de 2011, avant de devenir président de l’activité Grands moteurs civils en 2013.
Avant cela, Eric Shulz est passé par Aérospatiale-Sogerma pendant trois (1986-1989), avant de découvrir le monde des compagnies aériennes au sein d’UTA ou encore d’Air Liberté (alors filiale de British Airways), du côté des opérations puis de la maintenance. Il retourne ensuite à l’industrie en 2000 et devient président d’EADS Aeroframe. Alors basé aux Etats-Unis, il est recruté par Goodrich en 2003 où il est président des Services techniques pour l’aviation puis des Systèmes de commandes. Il ne revient en Europe qu’au moment de rentrer chez Rolls-Royce, en 2011 donc.
Un contexte compliqué
Eric Schulz revient donc dans un groupe qu’il a déjà connu, mais dans des conditions bien différentes. Il va se retrouver en première ligne dans un contexte de guerre des chefs et de tensions entre Français et Allemands. Bien qu’affecté à la branche Avions commerciaux, dirigée par Fabrice Brégier, Eric Schulz sera directement rattaché à Tom Enders, patron du groupe européen.
La situation pourrait aussi évoluer au gré des actuelles enquêtes pour corruptions et irrégularités menées à l’encontre d’Airbus. Le futur équilibre d’Airbus pourrait dépendre largement du montant des amendes décidé par le Serious Fraud Office britannique, suite à l’autodénonciation décidée par Tom Enders en 2016. Le dirigeant allemand pourrait avoir du mal à conserver son siège si celui-ci dépasse le milliard d’euros.
Le nouveau vice-président va aussi devoir trouver un équilibre avec Kiran Rao, vice-président exécutif Stratégie et Marketing pour les Avions commerciaux et bras droit de John Leahy. Ce dernier fut un temps pressenti pour succéder à l’actuel directeur des ventes, mais il aurait, à priori, refusé le poste.
Faire oublier John Leahy
Enfin, Eric Schulz aura la lourde tâche de faire oublier John Leahy, qui peut se targuer d’avoir vendu 16 000 Airbus en 33 ans de carrière « soit 90 % des Airbus jamais vendus, John Leahy fait véritablement figure de légende vivante dans l’histoire de l’aviation », selon le communiqué d’Airbus. C’est en grande partie grâce à lui qu’Airbus rivalise aujourd’hui avec Boeing pour la première place sur l’échiquier mondial des constructeurs d’avions civils.
Pour y arriver, Eric Schulz devra entre autres conserver l’avance de la famille A320neo face au 737 MAX, intégrer le CSeries dans la stratégie commerciale d’Airbus, relancer les ventes de l’A330neo, assurer la réussite commerciale de l’A350-1000 face au Boeing 777X ou encore pérenniser le programme A380 afin d’atteindre le point d’équilibre du programme (évalué autour de 300 avions livrés).
Tom Enders semble en tout cas confiant en son choix et déclare : « Nous sommes ravis qu’Eric Schulz rejoigne notre équipe. Il dispose d’une vaste expérience internationale dans l’industrie aérospatiale, d’une profonde connaissance des opérations aériennes et des moteurs aéronautiques, ainsi que de compétences reconnues dans la mise en place et la direction efficace de vastes organisations dans des environnements complexes. Ces qualités et expériences font de lui le successeur idéal de John Leahy à un tournant déterminant dans l’évolution de notre entreprise. »